Pourquoi je conçois des vêtements ?

Le vêtement est le plus petit espace que l’on habite.

On aurait pu penser que j’appellerai cet article : Pourquoi je couds ? Mais ce serait réducteur, finalement, ce n’est qu’une étape parmi un processus de création. Dans cet article je vais évoquer un peu mon parcours, mais surtout, je voudrai m'attarder sur, ce qu'est pour moi, le design de mode.

L’architecture et la mode. En licence, j’avais rédigé quelque chose sur l’influence de la mode dans l’architecture. L’inverse existe tout autant, pas nécessairement au niveau esthétique et matériel, mais dans des problématiques de conception. Dans mon cas, je m’interroge souvent sur les proportions, l’équilibre de la silhouette. Le volume et les jeux de lignes. J’aime particulièrement l’idée de concevoir un vêtement [un objet devant s’adapter à des courbes] uniquement conçu avec des lignes droites. C’est mon côté architecte qui s’exprime, on ne se refait pas ! [Nota Bene : Un ensemble de lignes droites qui donnent un voile courbe, est quelque chose qui poursuivait les architectes dans les années 50’s à 80’s. En géométrie, cela s’appelle un paraboloïde hyperbolique ou "scelle de cheval", pour donner une image]. Je n’étais pas du tout intrigué par ça quand je faisais de l’architecture, mais en couture, c’est mon terrain de jeu préféré. D’ailleurs, depuis que j’ai fini mes études, je ne vois plus et ne conçois plus les vêtements comme avant. Je pousse beaucoup plus loin le souci du détail et mes erreurs me sautent aux yeux. Ce nouveau regard, m'est utile tous les jours.

 Exemple concret d'un paraboloïde-hyperbolique. Restaurant construit en 1966, au Mexique, par l'architecte Felix Candela.

Exemple concret d'un paraboloïde-hyperbolique. Restaurant construit en 1966, au Mexique, par l'architecte Felix Candela.

Peu importe le domaine dans lequel on exerce, s’il faut dessiner, inventer, améliorer un « produit », le processus de création est souvent le même. Les idées, les influences, s’imbriquent les unes dans les autres pour répondre à une problématique. "Les références" ou ce qui nous inspire, se trouve dans tous ce que nous aimons, ainsi que dans ce qui nous intrigue. Les éléments choisis se soutiennent pour former un schéma plus ou moins clair, duquel sort "Le concept". Vous me suivez ? C’est comme un mille-feuille de calque, qui mis en transparence font émerger The Idee. Ce qu’il faut retenir c’est que cela ne naît pas de rien. En couture, cela part régulièrement d’un tissu sur lequel on a flashé. Le problème devenant : "Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire ?".

Les lignes habillant les courbes du corps féminin. 

Ce que le blog m’apporte, l’outil idéal de promotion du fait main. Et parler de l’histoire de la mode et de ses créateurs ; leur cheminement de pensé, la société, le contexte dans lequel c’est arrivé, c’est s’éloigner de l’image superficielle de "La Mode". C’est avant tout montrer que c’est un médium d’expression comme un autre. Pour le designer, c’est un art en mouvement, pour ceux qui portent les vêtements (tout le monde donc !) c’est un moyen d’exprimer qui l’on est. Vous me direz : Pas tous ! Pour certain ce n’est qu’un moyen de ne pas sortir tout nu. Oui, mais ce rapport au vêtement en dit tout aussi long sur le rapport qu’ils entretiennent à leur corps et aux autres. Le style d’une personne ne résumera pas sa personnalité, car on peut tromper les gens, mais il n’est jamais sans lien avec une partie de nous. Qu’est-ce qu’un vêtement ? Ce ne sont pas que des pièces de tissu assemblées entre elles. C’est un objet qui couvre la peau. Ce sont des formes qui modifient notre corps, qui accentuent ou dissimulent ses caractéristiques, grâce à des coutures bien placées. Ce qui fait que l’on se sent avantagé ou non lors d’essayages, c’est souvent en raison d’une coupe inadapté à notre morphologie. La couture est un domaine plastique ; le tissu est un médium comme les autres. Je suis toujours fascinée de voir comment une taille plus ou moins haute, des épaules ajustés ou tombante, façonnent le corps, par des illusions d'optique. 

Je ne sais pas si l’on peut dire que j’aime tous les aspects de la création. J’adore les problèmes et j’aime les résoudre ; mais à choisir, une fois le modèle dessiné, le tissu et les finitions choisies, j’aimerai déléguer la réalisation à quelqu'un d'autre. Les étapes d’avant ont demandé beaucoup d’énergie et de temps, alors pourquoi je m’y met ? Peut-être pour l’instant d’après, celui de la délivrance, où on peut dire, c’est moi qui l’ai fait ! La satisfaction du travail accompli. Il y a un vrai plaisir, à tenir dans ses mains, la concrétisation de ce qui sort de notre imagination. Et c’est pour ça qu’on recommence, parce que ce serait trop frustrant de laisser les idées sur le papier. C'est pour toutes les raisons évoquées, que je conçois et pense à l'objet vêtement, la couture et la technique ne sont que la cerise sur le gâteau.

Et vous, qu'est-ce qui vous pousse à créer ? A coudre ? A réaliser ce qui se construit dans votre tête ?