Mini-jupe, la Révolution

Mary Quant est une créatrice britannique, propriétaire de la boutique Bazaar, qui avait pignon sur rue dans le quartier de Chelsea (Londres) dès 1955. Son inspiration première venait de la rue et de la société bouillonnante des années 60's. En 1964, elle décide de raccourcir ses jupes de plusieurs centimètres au-dessus du genou. La mini-jupe était née ! Mais ce n’est pas si simple, essayons de comprendre comment et pourquoi on en est arrivé là. 

Autobiographie de Mary Quant, 2012 / Les mannequins prennent la pose en mini robe (Getty image)

Est-ce que c'était la première fois qu'on voyait des jupes aussi courtes ? Non ! Les danseuses en portaient dans leur spectacle depuis bien longtemps. Pour la société civile en revanche, le raccourcissement c'est fait progressivement au début du XX° siècle. La longueur a varié selon les décennies, jusqu’à la seconde guerre mondiale. Les restrictions dues au rationnement, ont obligé les femmes à concevoir des jupes juste au-dessous du genou [Parfois la guerre a des répercussions inattendues…]. A l’époque ça n’avait rien avoir avec de quelconques revendications, vingt ans après c’est tout le contraire.

Patrons des années 45's, 50's et du début des années 60's

Que voit Mary Quant au travers des vitrines de sa boutique des années 60’s ? Une jeunesse déchainée qui ne veut pas coller au schéma de papa maman et qui aspire à une autre vie. Les manifestations des jeunes et leur demande d'expression individuelle révèlent qu’ils prennent conscience d'eux-mêmes en tant que groupe distinct en capacité de réagir aux événements politiques. Ils refusent de suivre les règles de morale bourgeoise de leurs parents. Leur entité et leur voix grandissent, ils veulent une mode les distinguant et incarnant leurs propres opinions.

En Amérique et outre-manche on observe à cette période, une augmentation des inscriptions des femmes à l’université, la Beatlemania bat son plein (le rock a son importance !), la première pilule contraceptive est commercialisée… Bref, la libération sexuelle était en marche, la mini-jupe l’a suivi. Car la mini-jupe n’est pas qu’un vêtement, c’est un outil politique ! 

A Munich, les femmes ont manifesté contre le look «maxi» de la mode automne et hiver de 1970. Le retour aux jupes longues, non merci. (LOTHAR PARSCHAUER/PICTURE-ALLIANCE/DPA/AP IMAGES)

Cet outil existe toujours et il est nécessaire. Car le jugement de valeur porté sur les femmes en jupe courte, n'a pas beaucoup évoluer en 45 ans. Des manifestations de femmes en mini-jupe ont encore régulièrement lieu, en 2008 en Afrique du Sud, ou encore en 2015 en Tunisie. Ce que dit une femme en mini-jupe c'est : "J'assume ma féminité, j'assume une sexualité libre. Je suis bien dans mon corps et il m'appartient." Autant dire que ça ne plait pas à tout le monde.

Un styliste français va créer la même année que Quant, une collection de minis ; André Courrèges. Grâce à lui, la mini-jupe va passer de la rue au podium et donc, d'un vêtement populaire à un vêtement de luxe. Pour tous, la mini-jupe reste une invention anglo-saxonne et je partage cet avis. La jeunesse anglaise a réclamée cette mode, la libération des moeurs avait plusieurs années d’avance, alors qu’en France on est resté frileux jusqu’en 1968. Et bien que Courrège ait voulu s'attribuer la paternité de la mini, Mary Quant a su remettre les choses à leur place : “It wasn’t me or Courrèges who invented the mini-skirt anyway, it was the girls in the street who did it.” (non daté) [“Ce n’est pas moi ou Courrèges qui avons inventé la mini-jupe de toute façon, ce sont les filles de la rue qui l’ont fait.”] Et toc !


Références :

  • Quant, Mary. Mary Quant: My Autobiography. Headline, 2012.
  •  “Une Histoire De La Minijupe.” ARTE, www.arte.tv/fr/videos/061966-001-A/une-histoire-de-la-minijupe/.