Pourquoi je conçois des vêtements ?

Le vêtement est le plus petit espace que l’on habite.

On aurait pu penser que j’appellerai cet article : Pourquoi je couds ? Mais ce serait réducteur, finalement, ce n’est qu’une étape parmi un processus de création. Dans cet article je vais évoquer un peu mon parcours, mais surtout, je voudrai m'attarder sur, ce qu'est pour moi, le design de mode.

L’architecture et la mode. En licence, j’avais rédigé quelque chose sur l’influence de la mode dans l’architecture. L’inverse existe tout autant, pas nécessairement au niveau esthétique et matériel, mais dans des problématiques de conception. Dans mon cas, je m’interroge souvent sur les proportions, l’équilibre de la silhouette. Le volume et les jeux de lignes. J’aime particulièrement l’idée de concevoir un vêtement [un objet devant s’adapter à des courbes] uniquement conçu avec des lignes droites. C’est mon côté architecte qui s’exprime, on ne se refait pas ! [Nota Bene : Un ensemble de lignes droites qui donnent un voile courbe, est quelque chose qui poursuivait les architectes dans les années 50’s à 80’s. En géométrie, cela s’appelle un paraboloïde hyperbolique ou "scelle de cheval", pour donner une image]. Je n’étais pas du tout intrigué par ça quand je faisais de l’architecture, mais en couture, c’est mon terrain de jeu préféré. D’ailleurs, depuis que j’ai fini mes études, je ne vois plus et ne conçois plus les vêtements comme avant. Je pousse beaucoup plus loin le souci du détail et mes erreurs me sautent aux yeux. Ce nouveau regard, m'est utile tous les jours.

 Exemple concret d'un paraboloïde-hyperbolique. Restaurant construit en 1966, au Mexique, par l'architecte Felix Candela.

Exemple concret d'un paraboloïde-hyperbolique. Restaurant construit en 1966, au Mexique, par l'architecte Felix Candela.

Peu importe le domaine dans lequel on exerce, s’il faut dessiner, inventer, améliorer un « produit », le processus de création est souvent le même. Les idées, les influences, s’imbriquent les unes dans les autres pour répondre à une problématique. "Les références" ou ce qui nous inspire, se trouve dans tous ce que nous aimons, ainsi que dans ce qui nous intrigue. Les éléments choisis se soutiennent pour former un schéma plus ou moins clair, duquel sort "Le concept". Vous me suivez ? C’est comme un mille-feuille de calque, qui mis en transparence font émerger The Idee. Ce qu’il faut retenir c’est que cela ne naît pas de rien. En couture, cela part régulièrement d’un tissu sur lequel on a flashé. Le problème devenant : "Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire ?".

Les lignes habillant les courbes du corps féminin. 

Ce que le blog m’apporte, l’outil idéal de promotion du fait main. Et parler de l’histoire de la mode et de ses créateurs ; leur cheminement de pensé, la société, le contexte dans lequel c’est arrivé, c’est s’éloigner de l’image superficielle de "La Mode". C’est avant tout montrer que c’est un médium d’expression comme un autre. Pour le designer, c’est un art en mouvement, pour ceux qui portent les vêtements (tout le monde donc !) c’est un moyen d’exprimer qui l’on est. Vous me direz : Pas tous ! Pour certain ce n’est qu’un moyen de ne pas sortir tout nu. Oui, mais ce rapport au vêtement en dit tout aussi long sur le rapport qu’ils entretiennent à leur corps et aux autres. Le style d’une personne ne résumera pas sa personnalité, car on peut tromper les gens, mais il n’est jamais sans lien avec une partie de nous. Qu’est-ce qu’un vêtement ? Ce ne sont pas que des pièces de tissu assemblées entre elles. C’est un objet qui couvre la peau. Ce sont des formes qui modifient notre corps, qui accentuent ou dissimulent ses caractéristiques, grâce à des coutures bien placées. Ce qui fait que l’on se sent avantagé ou non lors d’essayages, c’est souvent en raison d’une coupe inadapté à notre morphologie. La couture est un domaine plastique ; le tissu est un médium comme les autres. Je suis toujours fascinée de voir comment une taille plus ou moins haute, des épaules ajustés ou tombante, façonnent le corps, par des illusions d'optique. 

Je ne sais pas si l’on peut dire que j’aime tous les aspects de la création. J’adore les problèmes et j’aime les résoudre ; mais à choisir, une fois le modèle dessiné, le tissu et les finitions choisies, j’aimerai déléguer la réalisation à quelqu'un d'autre. Les étapes d’avant ont demandé beaucoup d’énergie et de temps, alors pourquoi je m’y met ? Peut-être pour l’instant d’après, celui de la délivrance, où on peut dire, c’est moi qui l’ai fait ! La satisfaction du travail accompli. Il y a un vrai plaisir, à tenir dans ses mains, la concrétisation de ce qui sort de notre imagination. Et c’est pour ça qu’on recommence, parce que ce serait trop frustrant de laisser les idées sur le papier. C'est pour toutes les raisons évoquées, que je conçois et pense à l'objet vêtement, la couture et la technique ne sont que la cerise sur le gâteau.

Et vous, qu'est-ce qui vous pousse à créer ? A coudre ? A réaliser ce qui se construit dans votre tête ? 

S'habiller pour mariage, quand on est enceinte

Quand on est enceinte, on ne sait pas quoi porter au quotidien ; pour une occasion, c'est encore plus vrai. La saison des mariages est officiellement ouverte ; on va danser, rire et bien manger . Un seul petit « trouble » à l’horizon, c’est aussi la période de l’année où il y a le plus de ventres ronds. C’est peut-être actuellement votre cas ou celui d’une amie ? Quoi qu'il en soit, fin mai, c’était mon tour de me poser cette question.

A un mariage on aime être élégante et quitte à investir, on apprécie de rentabiliser nos achats sur le long terme. C'est bien le cœur du problème, jusqu'à 5 mois, on peut s'y retrouver, mais au-delà cela va nous demander un peu plus de créativité. Un mariage c’est souvent sur deux, voir trois jours, à priori c’est une difficulté supplémentaire. La parade pour répondre à tous les cas de figure (prise de poids, météo capricieuse...), c’est de choisir deux tenues, diamétralement opposées, en style et en saisonnalité. Parce qu’une chose est sûre, vous ne pourrez pas connaitre la météo en avance. Le but étant d’avoir la tenue la plus adaptée, pour être au mieux le jour où on prend les photos !

  1. Il faut trouver le juste milieu entre l’esthétisme et le confort. Privilégiez toujours des tissus souples, oubliez les robes cocktail traditionnelles.
  2. Il vaut mieux apporter de quoi se couvrir, car vous bougerez moins que les autres invités et vous ne pourrez pas boire pour vous réchauffer.
  3. Surtout : Pensez à des chaussures de rechange.

En revanche le confort ne justifie pas tous les looks. Par exemple, je ne recommande pas de porter des robes amples ET longues à la fois. Dans ce grand volume de tissu, qui ne révèle aucune partie du corps, on perd complètement la silhouette. C'est l'effet sac assuré, on a juste l'air énorme. Mais les robes longues sont très jolies, quand elles sont près du corps. La grossesse c’est le moment idéal pour mettre les courbes en valeur et ça reste encore la meilleure solution pour cacher les jambes gonflées. C’est un « pensez-y bien » ;)

Mes deux options

Fidèle à mon plan, je suis partie avec deux robes ; une que j'avais faite pour l'occasion et une piochée dans mon placard. Pour le jour J, c'est finalement celle du placard qui était la plus adaptée. Légère et dans une matière très originale (le jersey de cupro), j'adore sa coupe. Elle est moulante, avec un décolleté porte feuille et un ensemble de plis qui forment des drapés. Le jersey est l’ami des femmes enceinte, c’est doux et confortable. Si vous n’en avez jamais eu, c’est probablement l’une des robes dans laquelle vous allez investir pour ces 9 mois de parenthèse. 

Le lendemain était beaucoup moins clément, j'ai pu profiter de ma nouvelle création. J’ai une grande passion pour les robes « baby doll », particulièrement adaptées à la grossesse, puisque très ample. J’aime d’autant plus l’idée, que grâce à sa forme, je peux la porter maintenant, à neuf mois de grossesse et même après, sans qu’on me pose la désagréable question « c’est pour quand ?! » alors que j’aurai déjà accouché depuis deux mois !  

Généralement dotée de fronces, ma robe en a sous la poitrine pour laisser s’arrondir mon ventre. Le détail du col Claudine en soie rouge souligne le look enfantin. Si vous aussi, vous êtes attirés par ce genre de robe, j’ai pensé à quelques détails qui font la différence. Tout d’abord, elle s'ouvre au milieu devant, ce qui est indispensable à l'allaitement qui va suivre. Ensuite, j’ai peu de robes à manches et là ou je vis (le nord de l’Angleterre) ça va m’être utile, même en été. J’ai donc opté pour des manches ¾ froncées, pour la fantaisie. On est loin de la robe cocktail ayant fait le succès de Balenciaga, mais tous les ingrédients sont là. Elle est drôle, chaude et confortable, je ne lui en demandais pas plus.

Le style de Balenciaga

La robe baby doll a été inventé par Cristóbal Balenciaga en 1954 et à connu le succès à partir de 1958. J’étais partie du préjugé que le robe babydoll était juste une évolution de la robe chasuble et qu’elle était donc bien plus réçente. Mais c’est en fait, le fruit de toute une réflexion sur la coupe et le corps, tirée directement des lignes droites des kimonos japonais (grande inspiration de l’époque). On gomme les formes, on change les lignes qui structurent d’ordinaire la silhouette, pour casser les codes et désexualiser. Le résultat est une robe trapèze enfantine, raz du cou, très volumineuse, ajustée aux épaules. A l’origine Balenciaga la dessine juste au-dessus du genou, avec la ligne de taille abaissé et froncée sur les hanches. On voit toujours, lors des défilés de la Maison, des réinterprétations très poétiques de cette robe.

 Cristóbal Balenciaga, printemps/été 1958.  Robe cocktail "Baby doll"  - Balenciaga Archives.

Cristóbal Balenciaga, printemps/été 1958. Robe cocktail "Baby doll" - Balenciaga Archives.

Aujourd’hui la babydoll est revenue à la mode, chaque été depuis au moins cinq ans, elle souffle un vent de fraîcheur dans notre penderie. Toutefois, si les fondamentaux restent les mêmes, quelques évolutions ont eu lieu. On les trouve désormais beaucoup plus courtes ; si courtes qu’elles sont parfois vendues avec un short ou un bloomer (on reste dans l’enfance). On est parfois plus dans la robe de plage que dans la robe cocktail d'origine. La ligne de fronces change aussi, elle peut se trouver aux hanches, à la taille ou sous la poitrine et enfin les manches, bouffantes ou non, sont de toutes les longueurs. On a élargi le champ des possibles.

Pour les grossesses, je ne pense pas trouver solution plus rentable. La babydoll se porte dans tous les états, enceinte ou non, vous allez pouvoir la ressortir les saisons suivantes et c’est ce qu’on aime. La robe que je me suis faite pour le mariage est chaude, elle sera parfaite pour la rentrée et pour cet hiver, mais je dois m’en faire au moins une autre pour cet été. Je vous partagerai mon patronage original avec plaisir.


Références :

  • Arizzoli, Pierre / Arzalluz, Miriam / Cerrillo Rubio, Lourdes / Jouve, Marie-Andrée. Balenciaga : Cristóbal Balenciaga museoa. Éditions du Regard, 2011.

Le Fast Fashion ou la mort du prêt-à-porter

Les dessous de vos dessus

 Je boude, j'ai jamais rien à me mettre !

Je boude, j'ai jamais rien à me mettre !

Le « fast fashion » est une technique de marketing de mode assez récente. On s’habille tous très largement dans ces enseignes, qu’on ait les moyens d’aller ailleurs ou non. Sans les citer, vous allez très vite les reconnaître. Leurs prix sont imbattables, les collections tournent très vite et on peut même recycler nos anciens articles dans certains magasins ; le rêve quoi ! Et bien, on va voir que non.

Le « fast shopping » ou « fast fashion », sont des termes utilisés par les marques de retail (le prêt-à-porter) pour décrire des créations peu chères, passant du bureau de style aux rayons des magasins en quelques semaines. Le but est d’introduire sur le marché plus de 4 collections par an, entrecoupées de collections capsules éphémères, pour inciter le consommateur à acheter toujours plus et souvent. En opposition, il y a le slow fashion, qui peut désigner un mouvement citoyen qui prône un retour à une consommation éthique et au fait maison (tout comme la « slow food » s’érige contre le fast food).  Le prêt-à-porter industriel est né au milieu du XX° siècle. Jusqu’à la 1ère guerre mondiale, tous les vêtements étaient faits sur-mesure ou fabriqués par madame, à la maison. L’installation de boutiques est venue progressivement, par le haut-de-gamme tout d’abord, puis par l’arrivée d’enseignes accessibles tel que H&M (1947). Pour autant, le fast fashion n’existe que depuis les années 2000 et le concept va très loin, puisque nous parlons désormais de mode jetable.  

Une mode accessible à tous, c’est une noble qualité à première vue. On se dit que les plus démunis peuvent eux aussi acheter des vêtements dans l’air du temps. Mais ne vous y tromper pas, ce n’est pas le public visé en réalité. Si on revient sur le concept de capsules éphémères, on voit qu’il est question d’inciter le client à revenir consommer. On parle donc à une population avec un pouvoir d’achat suffisant pour repartir (comme je le vois quotidiennement en Angleterre) avec des poches remplis à ras bord. Les achats se font en quantité de façon irraisonné, car à bien des égards, ces articles sont d’une grande médiocrité, ils n’ont aucune tenue dans le temps. Renouveler les collections en continu, veut aussi dire que les vêtements se démodent très vite, des tonnes d’articles sont donc jetés chaque semaine. Le prêt-à-porter est de base l’une des industries les plus polluante de la planète, trouver de l’éthique à tous points du maillon de la chaine, qui ne fasse pas 20000 km pour arriver jusqu’à nous, relève de l’exploit. Mais si en plus de cela, on incite les gens à consommer en masse de mauvais produits, qui seront inutilisables au bout d’un mois, on ne peut plus considérer que le prix constitue une plus-value, c’est même le contraire. Leur client moyen n’achète pas par nécessité mais parce qu’il en veut plus.

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La valeur des choses

Les années 50’s sont loin. En l’espace de deux générations, la valeur que nous donnons aux choses à beaucoup évolué. Nous avons perdu quelques notions en route, en premier lieu le savoir-faire. La confection d’un vêtement était connue de tous auparavant, qui sait désormais qu’un pantalon de ville est normalement doublé sur le devant ? Qui utilise encore l’expression « pantalon de ville » ? :D

Le problème est vraiment lié au manque de connaissance de la population, sur les processus de création. L’argument le plus utilisé par les clients de ces enseignes est le suivant : Pourquoi j’irais acheter un vêtement plus cher si je peux avoir « le même » pour moitié prix ? La réponse est simple, ce n’est pas « le même ». D’abord, tout le processus de fabrication a été raccourci. Un bureau de style n’a pas la capacité créative pour générer 6 collections par an, la solution est le plagiat massif de looks vus sur les podiums et sur des sites de jeunes designers qui n’ont pas les moyens de se défendre. Il n’y a pas ou peu de prototypes, ce qui explique que beaucoup de modèles n’ont pas un beau tombé ou que les tailles soient approximatives. Le contrôle qualité des pièces en sortie de chaine de fabrication est minime, il y a des fils non coupés et des finitions pas très propres (sans parler de la qualité des tissus). Ce qui joue le plus, c’est la quantité fabriquée, ils commandent des dizaines de milliers de pièces, ils font donc jouer la concurrence pour tirer les prix vers le bas, ainsi, les vêtements réalisés ne coutent que quelques centimes à l’unité. Et comme vous le savez déjà, là où il y a les prix les plus bas, les conditions de travail sont forcément minables. Pour finir, l’organisation des magasins est faite, pour que vous n’ayez pas à demander de tailles ou de conseils, il n’y a pas de service clients, il n’y a que des magasiniers et des caissiers.

Si je parle de mort du prêt-à-porter, c’est parce qu’elle est réelle. Une enseigne qui met du temps et des moyens dans ses collections et son service client, ne peut pas afficher les mêmes tarifs. C’est pourquoi depuis 5 ans, fleurissent tous les mois les « ventes privées », les « promotions exceptionnelles » et les « pré-soldes », c’est parce qu’ils ne vendent plus. Les autres marques essaient de garder leur renommée tout en cherchant à faire des économies de bout de chandelle. Ils baissent parfois la qualité des matières et des collections, ce qui a pour résultat de braquer les clients connaisseurs, qui désertent les magasins. C’est le serpent qui se mord la queue. Si ces enseignes ne font pas machine arrière pour renouer avec leur identité de marque et leur qualité d’origine, elles signent leur fin. Ainsi nous n’aurons plus le choix qu’entre les magasins de luxe, le très haut de gamme ou le fast fashion.

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Le mirage stylistique et éthique

Au-delà du prix, que nous promettent les enseignes de fast fashion ? Le style, être à la mode. Tout d’abord en relayant les tendances haute couture. A la fashion week 2016, on a pu voir des insectes brodés dans toutes les collections ; l’hiver d’après, il y en avait sur tous les pulls à bas prix. Il n’a jamais été aussi facile de s’acheter une certaine idée du luxe. Depuis 5 ans, ils frappent encore plus fort, en réalisant des partenariats avec des stylistes de grande renommée. De la haute couture à prix cassé, pour s’éloigner encore plus de la valeur des choses. Bien sur les vêtements réalisés à l’occasion sont plus chers, on vends l’exclusivité et le public est au rendez-vous, puisqu’il pense acheter du luxe à 100€. C’est le coup de grâce, comment défendre un travail de qualité, devant cette mascarade ? C’est une escroquerie. Il y a donc possibilité de trouver des pièces très mode, à très bas prix. C’est offrir la possibilité à tous de s’habiller et d’affirmer un style unique. Car ils vendent ça aussi, la singularité. Cela transparait dans les publicités, les égéries et même leurs magasiniers punks. C’est vrai que la diversité annuelle de pièces est faramineuse, mais c’est oublié qu’elles sont fabriquées en masse. On nous vend l’originalité par mètre cube, ce qui revient à être tous habillé pareil, où est le style personnel promis ? On pense gagner en liberté et en choix, mais il se produit le contraire.

« The last, but not the least », les politiques de recyclage de nos vieux vêtements. Ne vous laissez pas avoir par certaines enseignes, qui vous invitent à leur retourner vos anciens achats pour les « recycler » ou les donner. Ce n’est qu’un mirage de plus, car on vous dit, qu’on va re-fabriquer de nouveaux vêtements grâce aux fibres, ce qui est possible, mais très technique. H&M se démarque avec des collections capsule « conscious » . L’idée est de créer de nouvelles matières à base de fibres récupérées sur ces retours, y compris à base de polyester, généralement incinéré. Cela s’appelle du greenwashing ou comment laver son image en donnant l’impression d’être écolo. Attention, ce sont de très jolies petites collections, il y a du bio, il y a du recyclé, mais on parle de combien de vêtements ? Alors que la marque mettait en avant cette campagne, une enquête tendait à prouver qu’elle brulait dans les 12 tonnes d’invendus par an. Simple question logique : Si H&M brule 12 tonnes par an de vêtements neufs, quelle est la probabilité que votre vieux T-shirt trouve une nouvelle vie « conscious » ? C’est le même problème pour les autres recycleries, peu de vêtements sont suffisamment en bon état pour être donnés. Les fibres naturelles sont recyclées en nouvelle fibre depuis longtemps, mais les autres matières sont souvent mélangées, issues de la pétrochimie, elles peuvent être fondues pour être incorporées dans des plastiques, mais elles finissent pour la plupart incinérées et font grossir les nuages de pollution.

 

Les individus se questionnent aisément sur leur alimentation et la qualité de vie des agriculteurs, sur les répercutions environnementale et l’éthique de leur produits cosmétiques ; ils sont moins nombreux à se soucier de l’impact écologique, économique et sociale de leur consommation de vêtements. C’est une responsabilité que nous avons, de se demander pourquoi et comment nous consommons. Soyez curieux, renseignez-vous sur les méthodes de fabrication, sur la charte des entreprises et sur les créateurs locaux. Regardez votre dressing dans les yeux ; vous n’avez pas besoin de vêtements, vous en avez envie. Si c’est un tel plaisir, devenez collectionneur ; dans cette jungle d’enseignes, partez chassez des articles qui vous représentent, classiques ou originaux, mais surtout durables.

Je ne vais pas conclure en faisant l’apologie du fait-main. Le but de cet article est de se questionner sur notre consommation au quotidien. J’aime le prêt-à-porter, la diversité des enseignes et donc des styles. Je souhaite que la liberté apportée par cette industrie, perdure, pour que chacun y trouve son compte. Je ne pense pas que ce soit un hasard que le prêt-à-porter soit né dans les années 50’s, il coïncide avec l’émergence du féminisme. Si avant, pour s’habiller, une famille devait compter sur les talents de couturière d’une mère au foyer, ce n’est plus le cas maintenant. Coudre ses vêtements n’est plus une nécessité, c’est un plaisir. Un plaisir que j’aime partager et promouvoir, pour préserver le savoir-faire. Faire l’expérience de coudre un vêtement, remet beaucoup de certitudes en perspective. Oui c’est long, oui c’est difficile et oui vous allez devoir découdre et recommencer, parce qu’avant d’être un loisir, c’est un métier.


Références :

  • Hennes & Mauritz. (2018, April 22). Retrieved from https://fr.wikipedia.org/wiki/Hennes_&_Mauritz
  • Fernando, J. (2017, December 08). Fast Fashion. Retrieved from https://www.investopedia.com/terms/f/fast-fashion.asp
  • ALEAUR, D. (n.d.). Filire mousses et textiles. Retrieved from http://www.oree.org/recyclage-valorisation/filiere-textile.html
  • AYMOND, G. (2017, November 27). H&M brûle des tonnes de vêtements pour produire de l'électricité. Retrieved from https://www.capital.fr/economie-politique/h-m-brule-des-tonnes-de-vetements-pour-produire-de-lelectricite-1257771
  • (2012, May 23). Retrieved April 23, 2018, from http://www.dailymotion.com/video/xr0iwd

La domination de l'ananas sur le monde

Le règne animal et végétal, dans l'histoire de la mode et du design, c'est de l'amour fou, des ruptures et des come-back. La nature constitue une grande source d'inspiration pour les créateurs en tous genres. Les fleurs, sont des motifs récurrents et populaires ; seule la manière de les représenter, a vraiment évoluée au fil du temps. Les animaux, mais aussi les fruits, sont quant à eux, d'avantage sujet aux effets de modes et donc aux changements d'états d'esprit d'une population.

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Si ce sujet te parait flou, tu vas vite comprendre de quoi il s'agit, à la seule évocation du roi des animaux à la mode (non, pas le lion...) : "Le Flamant Rose". On le voit partout, PARTOUT depuis 2015. C'était déjà une star de longue date, dans les dessins animés, la littérature et la peinture. Mais pourquoi cette explosion ? Tout d'abord le rose. C'est la couleur phare des années 2000, c'est l'équivalent de la couleur orange dans les années 70.  Ensuite, l'esthétique de cet oiseau est fabuleuse. Ses pattes, comme des cannes, aussi longues et fines que son cou, lui donne la démarche élégante d'un dandy. Pour les designers, il est très facile à caricaturer et à détourner. De l'arrosoir, à la bouée, en passant par des illustrations et des bijoux ; tout peut être fait en "version flamant rose".

Pour les fruits, tu l'auras deviné, c'est l'ananas qui remporte la palme. Fais l'expérience de taper "ananas décoration" dans Google Trends et tu verras que la tendance est en progression constante. [Le pic d'influence est prévu pour ce mois-ci !] Plus sérieusement, ce fruit fascine depuis sa découverte à la fin du XVème siècle et son succès décoratif date de l'époque coloniale (entre le XVIIème et le XIXème). Il symbolisait l'exotisme des terres lointaines et représentait la richesse de son propriétaire. Ses courbes généreuses et sa géométrie le rendent irrésistible. Il fait depuis 2008 un fulgurant retour. Ses proportions sont parfaites pour toutes sortes de contenants : vases, vide-poches, sacs à main ou gourdes. D’ailleurs, le fruit en lui-même suffit à décorer une table.

Pourquoi préfère-t-on certains fruits et animaux à d'autres ? Tout d'abord leur exotisme. Ce sont souvent des espèces qui viennent de loin ou que nous n'avons pas dans notre environnement quotidien, ils sont dépaysants. Leur couleur et leur physionomie se distinguent des autres espèces. Il est connu que, pour qu'une forme ait du succès, elle doit être reconnaissable en quelques traits, comme lorsqu’on desine un pictogramme. Prenons l'exemple de la tour Eiffel ou du théâtre de Sydney, on pourrait les reconnaître à leur ombre, c'est aussi le cas de tous les fruits et animaux à la mode ; les cerises, les citrons, les licornes [d'accord, hors catégorie] ou les singes. Ce qui n'est pas le cas du fruit de la passion, de la mangue ou de la loutre. Ils sont compliqués à caricaturer, trop semblables à d’autres espèces, ils n'ont pas un comportement singulier ou une forme originale ; ils sont donc impossibles à s'approprier. Un critère de "beauté" ne suffit pas, il les faut tous !

La question est donc de savoir, pourquoi se fait-on envahir par ces objets décalés, enfantins même, depuis maintenant dix ans ? Qu'est ce qui a changé ? Pour la plupart, nous percevons le monde et les événements, au travers de notre smartphone, qui nous inonde en continu d'informations. Certes l'information est la clé du savoir, mais les faits ne sont pas toujours vérifiables et maîtrisés de tous, cela rend l'information anxiogène. Contrairement aux apparences, notre ère est la moins violente de toutes. Ce qui nous trompe, c’est le flux constant et envahissant de nouvelles, nous sommes plus au courant du meilleur comme du pire. Plus notre esprit est soumis à des pressions, plus il cherche à s’apaiser. Nous ressentons le besoin de maîtriser de nouveau notre environnement, ainsi nous sélectionnons soigneusement les objets qui nous entourent. Cela nous donne une illusion de contrôle. Les éléments saillants de la nature, nous attirent et nous intriguent, ils nous procurent un sentiment de bien-être. C'est là qu'interviennent toutes ces jolies choses, bonnes pour le moral, que sont les flamants roses et les ananas.


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Parenthèse historique sur les insectes

Les insectes sont probablement les premiers animaux utilisés comme ornement, majoritairement des bijoux. Je pense notamment au scarabée dans l’Égypte ancienne (2050 - 1580 avant JC).  Plus récemment, les insectes tels que les abeilles, les araignées et bien-sur les papillons, étaient très prisés en joaillerie, durant l'ère victorienne (XIX° siècles, début du XX°). L'époque des avancés industrielles et des découvertes scientifiques. Mention spéciale aux très spectaculaire "broches araignées", ainsi qu'aux abeilles, qui s'invitent jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat français. Elles ornent les bouteilles de parfum Guerlain, on se sert de la géométrie de ses alvéoles pour designer des objets du quotidien... Etc. 2016 signe le grand retour de ces petites bêtes, en accessoires bien-sûr, mais surtout en broderie perlées sur les vêtements. Quand on regarde les couleurs et la morphologie de ses insectes, nul doute que leur succès perdurera, ce sont sans notre intervention, de vrais bijoux.

ICI on apprend comment broder une abeille sur un col amovible ou sur ce que tu veux ! Et là, ce sont des inspirations de broderies que j'ai collecté sur Pinterest.

Le sweat-shirt ou la mode américaine

Une fois n'est pas coutume, nous allons parler aujourd'hui d'un vêtement "STAR", dont le succès ne se dément plus, le sweat (comme on l'appelle en France) ou plutôt le sweat-shirt.

Commençons par une définition : Le sweat-shirt, littéralement, maillot de transpiration, désigne un pull oversize sans col, à manches longues, en jersey de coton épais et molletonné. Le premier modèle, le crewneck, était un vêtement "technique", spécialement conçu pour les athlètes qui l'utilisaient durant l'entraînement (le plus souvent, avant et après). Un sweat-shirt fourni non seulement de la chaleur, mais comme son nom l'indique, possède également des propriétés absorbantes, idéales pour gérer la sudation. 

 Benjamin Russell JR, joueur de football américain, en avait marre des pulls en laines lourds qui grattent. Il porte le modèle crewneck, dont on distingue à peine le triangle caractéristique à l'encolure.

Benjamin Russell JR, joueur de football américain, en avait marre des pulls en laines lourds qui grattent. Il porte le modèle crewneck, dont on distingue à peine le triangle caractéristique à l'encolure.

Le sweat-shirt apparaît pour la première fois en 1920, en Alabama, aux Etat-Unis. On attribue sa paternité à un duo père/fils, Benjamin Russell, entrepreneur et Benjamin Russell Junior, présenté ci-dessus. Comme beaucoup de vêtements ayant rencontré du succès, le sweat répond à un besoin. Jusqu'alors les athlètes n'avaient pas d'autre alternative que de porter des pulls en laine, absolument pas adaptés à la pratique d'un sport. Junior aurait communiqué son désir d'un pull souple et léger en jersey de coton et papa aurait fait le reste. On ne saurait dire où s'arrête l'histoire et où commence la légende, car plusieurs marques ont lancé des modèles similaires au début des années 20's.

 Le triangle de crewneck est fait de deux épaisseurs de molleton, pour récupérer la sueur du cou.

Le triangle de crewneck est fait de deux épaisseurs de molleton, pour récupérer la sueur du cou.

Ce dont on est sur c'est que dès sa commercialisation, tous les sportifs universitaires et leurs camarades l'adoptent pour porter haut les couleurs de leur campus. Ce phénomène explose dans les années 50's, lorsque la marque Russell Athletic améliore ses modèles. Tout d’abord elle utilise la technique du flocage (transfère d'encre textile et colle, inventée dans les années 30's) pour personnaliser les sweats. Mais surtout, elle créer un jersey molleton plus solide, en fibres mélangées. Du coton blanc et du polyester noir, qui vont donner au sweat sa fameuse couleur gris chiné.  Devenu plus solide et moins cher à fabriquer, de nombreuses marques vont s'y mettre, mais le public reste celui des débuts, des athlètes et des universitaires. Il est difficile de toucher une large population, en dehors de son cœur de cible, quand on s'appelle maillot de transpiration ! On a connu mieux niveau marketing.

 Comment devient-on une icône de la mode ? Cheminement classique d'un vêtement ayant du succès. 

Comment devient-on une icône de la mode ? Cheminement classique d'un vêtement ayant du succès. 

Les décennies passent et rien ne bouge jusque dans les années 80's. En terme de style, cette époque mériterait un certain nombre d'articles. C'est à cette période que le sweat va dépasser les frontières des campus pour être PARTOUT. Le secret de ce succès ? Un certain culte du corps relayé par des émissions de stretching et les célébrités. Merci donc à Cindy Crawford, Georges Michael, Stallone dans Rocky, l'équipe de Fame et bien-sur Jennifer Beals dans Flashdance. Le sweat-shirt se fait court, sans manches, tombant sur les épaules, à capuche, à zip, multicolore... Il y en a pour tous les goûts, y compris ceux des rappeurs américains, qui se l'approprient et lance le style streetwear. 

Comme souvent, l’omniprésence de l'objet va lasser. Dans les années 90's, la fabrication en masse ternit son image, il se démode. Le sweat retrouvera ses lettres de noblesse dans les années 2012/13, lorsque des maisons haute-couture vont s'emparer de cet objet sportswear tombé dans l'oubli, pour en faire un vêtement chic. Kenzo, Givenchy, Lanvin, pour ne citer qu'eux. Désormais on peut trouver des sweat-shirts avec des imprimés de grande qualité, des broderies à sequins, des empiècement en cuir et à fourrure (vrai ou fausse). Depuis, il est de toutes les collections, sans être aussi envahissant que dans les années 80's. Il est passé par toutes les phases, tous les looks, toutes les catégories sociales, le sweat-shirt est devenu une icône.

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Références :

  • “L'histoire Du Sweat-Shirt : Le Vêtement Qui Revient De Loin.” Accueil, 13 Oct. 2017, mistertee.fr/blog/lhistoire-du-sweat-shirt.
  • “Mode : D'où Vient Le Sweat-Shirt ?” E-TV, www.etvonweb.be/81987-mode-dou-vient-le-sweat-shirt.

  • Maliszewski, Catherine. “Le Sweat-Shirt S'habille.” Le Figaro, 12 May 2006, www.lefigaro.fr/aumasculin/2006/05/12/03009-20060512ARTWWW90324-le_sweat_shirt_s_habille.php.

  • “Kenzo, Givenchy, Lanvin, Stella McCartney : Le Sweat Couture, Des Podiums Au Dressing.”Mode – Actu Mode, Tendance Et Haute Couture – Puretrend.com, www.puretrend.com/rubrique/shopping_r14/kenzo-givenchy-lanvin-stella-mccartney-le-sweat-couture-des-podiums-au-dressing_a79307/1.